Dictionnaire analytique d'économie politique par Charles Ganilh

Dictionnaire analytique d'économie politique

Titre de livre: Dictionnaire analytique d'économie politique

Auteur: Charles Ganilh


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Charles Ganilh avec Dictionnaire analytique d'économie politique

Extrait :

L’ÉCONOMIE politique, long-temps égarée par l’esprit de système, n’a plus à déplorer de funestes écarts, depuis qu’elle a pris pour guide et pour régulateur l’observation, l’expérience et la raison, ces sources fécondes et inépuisables des connaissances humaines. Dans cette nouvelle direction, elle a fait des progrès si rapides, qu’elle est arrivée bien près du but, si elle ne l’a pas atteint. L’immortel ouvrage d’Adam Smith a, pour ainsi dire, créé la science d’un seul jet, il l’a assise sur des fondemens si solides, que les nombreuses modification qu’elle subit depuis trente années sur plusieurs points essentiels, ne l’ont point ébranlée. Comme l’or s’épure aux feux du creuset, la critique a donné plus de relief et de lustre à la science économique. Malgré la fragilité de quelques parties de ses matériaux, elle est parvenue à toute la certitude des sciences morales et politiques. Ses doctrines sont à présent si bien établies qu’on ne peut, sans les connaître  ; prendre part à la direction des affaires, des intérêt et des prospérités des peuples. Il est même permis de croire qu’à mesure que ces grands objets occuperont davantage l’attention générale, elle prendra place parmi les connaissances que les esprits cultivés ne peuvent pas ignorer. Il est impossible que dans un siècle de lumières, elle n’obtienne pas toute la considération qu’elle mérite par son importance et son utilité.
L’objet spécial de l’économie politique est investigation du phénomène de la richesse moderne, de sa nature, de ses causes, de ses procédés et de son influence sur la civilisation.
Dans l’observation de ce phénomène, on est d’abord frappé du contraste de la richesse ancienne et de la richesse moderne. Sous quelque point de vue qu’on envisage l’une et l’autre, on n’aperçoit entre elles aucun point de contact, aucune connexité, aucune relation  : ce sont deux choses essentiellement dissemblables.
L’ancienne richesse consistait dans les dépouilles des vaincus, les tributs des pays conquis et les produits de l’esclavage des classes laborieuses, qui formaient alors les trois quarts de la population  ; elle reposait par conséquent sur la force, l’oppression et la dégradation de l’espèce humaine.
La richesse moderne présente un autre caractère, d’autres principes, d’autres mobiles et d’autres lois.
Elle dérive du travail  ; de l’économie et du marché  ; s’écoule, circule, arrive à toutes les classes de la population par les grands canaux des salaires du travail, des profits du capital, de la rente de la terre et des contributions publiques, et répand partout le bien-être, l’aisance, les commodités et les jouissances de la vie. Dans sa formation, dans son cours, dans sa distribution elle est irréprochable, inoffensive et fidèle à tous les devoirs de la morale et de l’humanité  ; ses vices ne sont pas inhérens à sa nature  ; ils lui viennent des passions humaines qui peuvent offenser les meilleures institutions mais ne peuvent pas les dégrader.
Ce rapprochement succinct des deux richesses, démontre, sans contredit, la supériorité de la richesse moderne sur l’ancienne, et l’on doit se féliciter qu’elle lui ait été préférée  ; mais, il faut en convenir, cette préférence doit exciter quelque surprise. Comment des peuples accoutumés à fonder leur subsistance, leur aisance et leur richesse sur le pillage, la misère et les souffrances de leur semblables, consentirent-ils à ne les devoir qu’au travail et à l’économie  ? c’est un des plus grands prodiges de la société civile.
Et qu’on ne croie pas qu’on doit en faire honneur aux progrès des lumières et de la civilisation, elles n’y ont aucune part  ; on découvre ailleurs son principe et sa cause  ; il se rattache à la catastrophe qui replongea la civilisation dans la barbarie  ; il remonte à l’invasion de l’empire-romain par les Barbares, au partage des terres et de la population qui les cultivait, à la fusion des vainqueurs et des vaincus dans un nouvel ordre social.